Un peu d’Histoire...

Né en 1918 à Chail dans le pays mellois, Ernest Jousseaume alias « Fernand » s’engage rapidement dans le métier des armes. Militaire de carrière, il est aspirant en 1940, année à laquelle il est fait prisonnier.

C’est alors que, celui que l’on appelle « le Colonel », s’évade tour à tour, d’un stalag autrichien, d’un camp de Mûhlberg en Saxe et d’un camp disciplinaire Ukrainien pour enfin regagner la France en Octobre 1943 et Niort où habite sa famille.

Aussitôt libre, il s’engage dans l’action Résistante comme agent de liaison au service du Noyautage des Administrations Publiques (NAP - service de la Résistance créé pour infiltrer les administrations et les entreprises publiques) et côtoie Robert Béchade, chef du service de la préfecture. Il prend contact avec le Service National Maquis (organisation fondée par les MUR - Mouvements Unis de Résistance ou Mouvements de la Résistance Unie - en avril 1943 pour promouvoir et coordonner la création des maquis en complément de l’Armée Secrète).

« Le Colonel » est aussi en liaison avec René Groussard, notable mellois protestant et conseiller d’arrondissement. En juin 1944, ils organisent tous deux « le Maquis Fernand » en vue de continuer le combat en groupe autonome et actif. Le Maquis a besoin de personnes bien ancrées dans leur terroir. Fernand et René sélectionnent des hommes sur un territoire défini pour que chacun servent d’agent recruteur. Cette tâche est facilitée puisque beaucoup d’entre eux possèdent déjà un groupe de discussion et de réflexion, ce qui est propice au recrutement.

Au final, constitué d’une dizaine d’hommes volontaires, ce maquis regroupe : Edouard Fenioux et Albert Dubray, qui ont servi de catalyseurs au besoin d’actions de certains jeunes de St-Génard, Ardilleux et Chef-Boutonne, sur le même schéma, il y a Motillon à Melle, Proust à Lezay et René Eprinchard à Clussais-La-Pommeraie.

L’intention était d’avoir un effectif d’environ 40 hommes clandestins et mobiles par rapport à la population.

Le groupe « Fernand » est le principal maquis Deux-Sévrien. Son fonctionnement est basé sur une discipline militaire mais son principal problème reste le ravitaillement en armes. Cette mouvance de la résistance régionale est un peu différente de la Résistance gaulliste. Leur but reste le même : arriver à la libération, mais les moyens d’y parvenir ne sont pas identiques. L’union préconisée entre toute les forces armées de la Résistance sous le commandement national du général Koenig ne se produira en Deux-Sèvres que le 15 août 1944, date à laquelle Edouard Proust nommé « Chaumette » sera le seul chef. Mais pour l’instant, le Maquis Fernand dépend de l’Armée secrète dirigée par « Chaumette ».

La Résistance en Deux-Sèvres au cours de l’année 1943 se résume à deux Mouvements : L’OMC et Libération-nord (Organisation Civile et Militaire : très actif dans le nord du département depuis 1942 et Libé-nord : plus centré sur le niortais et le sud du département.). Très affectés par les nombreuses saisies d’armes effectuées par la police Allemande, ces deux mouvements s’unissent en 1943 pour devenir « l’Armée Secrète ». C’est alors que le groupe « Fernand » bénéficie de contacts dans le sud de la Vienne, avec le responsable de Civray et le commandant Maingard alias « Samuel », du SOE (Special Operation Executive), lui permettant d’obtenir des armes moyennant le passage du groupe dans L’Armée Secrète.

Le Maquis Fernand et l’Armée Secrète vont développer ensemble des actions militaires. La base de sous-marins allemands à La Pallice avait été sabotée par un maquis Vendée mais cet échec inspira le major « Samuel » pour que le groupe Fernand s’intéresse à cette base sous-marine. Cette attaque réalisée avec succès permet la destruction d’un pylône d’angle.

Les maquisards harcèlent les Allemands notamment les camions-citernes venant de l’usine de Melle. Ils échangent de l’essence contre des armes appartenant aux groupes de la Vienne. Le major « Samuel » prend la décision de neutraliser cette usine et « Chaumette » donne son accord pour cette opération. Le groupe « Fernand » doit exécuter cette action, ce qui conduit à la bataille de Melle le 13 août 1944. En d’autre terme, prendre la raffinerie équivaut à libérer Melle. La seule garnison allemande est présente à l’usine, ce qui signifie 15 ou 20 hommes. Le moment des repas est visé pour commencer l’attaque puisque la garnison se divise habituellement en deux pour dîner à l’hôtel Phelippon aussi connu sous le nom de l’hôtel des voyageurs.

Le jour J est prévu le 13 août ce qui correspond à une plage de jours fériés pendant lesquels l’activité doit être réduite. Pour mener à bien cette mission, René Groussard, aux côtés de Fernand a demandé l’appui d’un groupe de résistant de Sauzé-Vaussais qui sont sous l’autorité des frères Tabourdeau (l’un est médecin, l’autre notaire). L’attaque est lancée, la partie de la garnison qui prend son repas est sous l’assaut des résistants. L’effet de surprise n’a pas lieu, des balles incendiaires allument un feu dans l’hôtel et piègent des Allemands réfugiés dans l’hôtel. Des sentinelles placées à l’entrée de Melle avertissent les résistants qu’une troupe d’une soixantaine d’Allemands va traverser la ville. C’est alors que les résistants s’affèrent pour nettoyer toutes traces de combats en enlevant les douilles des balles. La colonne allemande, qui en réalité est un détachement de l’armée de l’air, passe à côté de l’hôtel en flamme devant lequel, les pompiers travaillent à éteindre l’incendie, sans se douter que cinq des leurs sont piégés dans la bâtisse.

La bataille de Melle est finie, les allemands prisonniers du feu et d’autres éléments de la garnison se rendent. Au total, 15 prisonniers se trouvent aux mains des maquisards.

Le lendemain, les Allemands qui avaient traversé Melle la veille au soir se retrouvent dans le village de Chey où une lutte éclate avec les maquisards Fernand. Fernand et ses hommes font une tentative de demande de reddition en précisant qu’ils détiennent des prisonniers. L’échec de cette demande entraîne un échange de coups de feu. Les résistants comptent six blessés tandis que les Allemands perdent un des leurs. Tout cela en trente minutes. L’affaire de la bataille de Melle a fait grand bruit au sein des autorités militaires allemandes de Niort. Face à l’audace des maquisards, le 15 août, une colonne allemande sous l’autorité du général Täglischbeck, entame des représailles. Ils traquent les résistants, mitraillent Fontenille, prennent des otages à Javarsay puis à Aubigné. Fernand Jousseaume et ses hommes évitent la traque et atteignent les marais de Pliboux le 19 août.

Le 20 août, René Groussard ayant appris que Fernand et ses hommes avaient été obligés de faire retraite veut les approvisionner en armes et munitions reçues au parachutage de Maisonnais dans la nuit du 15 au 16 août. Il charge une camionnette et part avec Joseph Bernier et Roger Aubin vers les marais de Pliboux où ils sont accueillis avec joie par Fernand et ses hommes. C’est en revenant à Melle que tous les trois sont interceptés par une unité composée d’Hindous, ex-prisonniers de guerre anglais que les Allemands avaient retourné. Conduits à Sauzé-Vaussais, puis à Ruffec avec deux autres otages, ils sont interrogés et condamnés à mort. Ils sont exécutés le 21 août. A la suite de cet évènement, le « Maquis Fernand » devient le « Maquis Fernand-Groussard ».

Dans les jours qui suivent, la retraite des Allemands se poursuit, la Libération du département est proche. Le Maquis Fernand-Groussard termine sa fonction résistante. La compagnie Fernand devient alors la 3ème compagnie du 4 ème bataillon du 125 ème Régiment d’Infanterie. Désormais, la compagnie est composée de nouveaux combattants mais aussi de nombreux anciens. Tous vont combattre sur le front de la poche de St Nazaire et leur chef quant à lui, continuera sa carrière sur les autres théâtres d’opérations du monde que l’après-guerre verra fleurir.

Sources : Informations extraites de la Communication sur le maquis "Fernand-Groussard", SHSDS le 20 octobre 1999 à 18h au Moulin du Roc à Niort d’après Jean-Marie Pouplain.



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